femme sur un pont
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Ujana, mais pas forcément prostituée !

Vivant ou pas à Kinshasa, tu as certainement entendu parler du phénomène Ujana qui sévit dans la capitale congolaise depuis un certain temps. Selon l’entendement commun, l’« Ujana » est cette fille mineure qui s’habille sans aucun sous-vêtement. Donc sans culotte, ni soutien-gorge. Et tous les Kinois semblent scandalisés par ce phénomène.

Mais en l'analysant de près, il s'avère moins alarmant qu'on ne l'imagine! De but en blanc, nombreux sont ceux qui soutiennent que le style vestimentaire des Ujana est une atteinte grave aux « valeurs africaines ». Laisse-moi te décevoir; tu as tort ! Africains que nous sommes toi et moi, nous ne nous habillons pas avant la venue du colonisateur ou du moins, nos ancêtres ne se couvraient le corps que d’un cache-sexe.

Dans une émission radiodiffusée, j’entends un homme déclarer au téléphone : « Ujana, c’est pire que Kuluna. » Car selon lui, ces filles détruisent des foyers et déshonorent des familles.

Quel ne fut pas mon étonnement ! Comment oser comparer des gangs de rues, les kuluna,  à des jeunes filles dont le seul crime est celui d’être jeunes avec des rondeurs qui résistent encore à la pesanteur et qu’elles essaient de mettre en valeur ?

Ce qu’on reproche aux Ujana

On dit d’elles qu’elles se prostituent et sont des filles légères qui se corrompent facilement avec un bon « poulet-mayo » de Kinshasa dont le coût est estimé à plus au moins dix dollars américains. On dit également que les Ujana ne sont pas du tout jalouses des femmes des maris avec qui elles sortent. Elles promettent à leurs amants qu’il n’y aura aucun désagrément du genre grossesses non désirées, scandale ou crise de jalousie. Et pour tout ça, on dit qu’elles sont une plaie pour la société congolaise. Certains vont jusqu’à demander que la police les traque jusque dans leur dernier retranchement. Dans le même ordre d'idées, une ONG nationale militant pour les « droits de l’homme » est même allée jusqu’à écrire au gouverneur de Kinshasa à propos des Ujana.

Arrêtons-nous un moment pour réfléchir à haute voix: les Ujana présentées ainsi par les Kinois existent-elles vraiment ? Personnellement,  j’ai sillonné plusieurs quartiers de Kinshasa tous les soirs en août dernier sans hélas en rencontrer une !

L'épineuse question des valeurs africaines

Jusqu'à ce jour, un peuple du Kenya continue de se balader sans habits tout comme certains pygmées du centre de la RDC ne s’habillent jamais. Or ce sont des peuples authentiques d’Afrique ! Donc n’avance même pas cet argument de « valeurs africaines sur l'habillement».

Le plus dangereux dans cette situation, à mon entendement, est  que l’on veuille imposer un mode d’habillement aux filles.

Qui oublie sa puberté et tout ce qui vient avec ? Ces hormones qui te donnent l'impression d'être une nouvelle créature  et émancipé ! Si nos jeunes sœurs, avec la chaleur de Kinshasa, veulent s’habiller sans s’encombrer avec des soutifs, où est le problème ? Laisse nos Ujana tranquilles.

Par contre, les filles mineures victimes d'abus sexuels méritent non seulement notre compassion mais aussi protection.

En outre, il serait louable de protéger également les mineures de la prostitution.

Mais seulement, il ne faudrait pas confondre les choses et se tromper de cible.

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